mercredi 20 février 2013

La cigale à Poitiers (1654)


La cigale se trouva fort dépourvue,
Quand la bise à Paris fut venue,
Lors elle descendit trouver la fourmi,
A Poitiers d'une forte dette elle s'enquit.




Un homonyme ? Ou bien ?

mardi 19 février 2013

L'empoisonnement de Champniers (1868)

C'est l'histoire d'une famille, quasiment décimée en l'espace d'une décennie.

Tout commence par un mariage, le 1er septembre 1851, à Champniers (86). Pierre Étienne SICARD, né vers 1826, fils de Louis et de Magdeleine BARBARIN, épouse Marie ARRAULT, née en 1826, fille de Louis et de Jeanne Renée DIDIER.



Très vite, la famille va s'agrandir dans le petit village d'Erveux (à quelques km de l'emprise de la future Vallée des Singes) : Marie-Louise, née en octobre 1852, puis Pierre Louis, né en 1854 et Céleste, née en 1857.
En mai 1860, Marie ARRAULT donne naissance à des jumeaux.
Célestin, le garçon, ne vivra malheureusement que deux jours. Madeleine, la fille, survit, mais conserve sans nul doute une santé fragile.
En 1865, naît la dernière, Victorine.

Oronge (Wikipedia)
Le 3 septembre 1868, la femme Sicard, prépare à l'huile de colza un plat d'oronges, cueillis par son mari.
Les deux filles, Madeleine et Victorine, ressentent les premières les effets du poison, qui se traduisent d'abord, pour Madeleine, par de forts battements de coeur.
Mais l'inquiétude grandit lorsque les filles sont prises de coliques, vers les 11 heures du soir, suivies de déjections et de vomissements qui alternent avec des périodes d'assoupissement.
Les époux Sicard tombent malades le lendemain, 24 heures après avoir mangé les champignons.
C'est encore par des battements de coeur, assez violents chez le mari, que se manifestent l'empoisonnement. Suivent ensuite, comme pour leurs filles, coliques, diarrhées et vomissements.
Pierre Étienne est le plus touché.

Le médecin Marie, de Sommières-du-Clain, est requis le samedi à midi, et n'a pas de peine à reconnaître les symptômes de l'empoisonnement. Il est trop tard pour les deux fillettes : Madeleine est déjà morte, et sa soeur Victorine meure le soir même, vers 11 heures.

Le docteur Verger est chargé de l'autopsie et conclut que "la mort doit être attribuée à une intoxication due à l'ingestion dans l'estomac d'une substance âcre et narcotique, vraisemblablement des champignons vénéneux ou mal assaisonnés, dont des fragments nombreux et volumineux ont été retrouvés dans l'estomac de Victorine. Aucune main coupable n'est intervenue dans ce malheureux accident." Le malheureux père Sicard s'éteint lui aussi, au moment même où on procède à l'autopsie de ses filles. Son épouse, elle, est sauvée.

Par une chance providentielle, les trois autres enfants du couple étaient en train de travailler chez des cultivateurs voisins et n'ont pas pris part au fatal repas.

Déjà fortement touché par la peine, la famille a le malheur de perdre Marie-Louise, 6 ans plus tard, à l'âge de 21 ans.

La vie continue pour la famille Sicard. En 1879, Céleste épouse Louis MERCIER, cultivateur, et  Pierre Louis, en 1881, se marie avec Jeanne ROCHER.

Sources :
  • Archives départementales de la Vienne (état civil, recensements, etc.) ;
  • Le courrier de la Vienne et des Deux-Sèvres, 8 septembre 1868 ;

vendredi 1 février 2013

L'affaire des incendies de Champmagnan (1876)


Champmagnan est un petit village qui a la particularité de se trouver sur deux communes et deux départements : Montalembert, dans les Deux-Sèvres, et Saint-Macoux, dans la Vienne. Le recensement de 1876, nous donne la composition du village cette année-là :

Côté Montalembert (79), le village compte 4 feux et 13 habitants :
  1. Pierre Lucien GUYOT, chef de ménage, cultivateur, 50 ans ;
  2. Jean GUYOT, chef de ménage, cultivateur, 55 ans, et Françoise MACHET, sa femme, 53 ans ;
  3. Jean GRANIER, chef de ménage, maçon, 52 ans, Françoise ROUFFIGNAC, sa femme, 48 ans, et ses enfants : Marie, couturière, 21 ans, et Madeleine, 18 ans, Eugénie, 15 ans, et Félix, 13 ans ;
  4. Joseph GIRARD, chef de ménage, cultivateur, 52 ans, Marie RIVAUD, sa femme, 50 ans, et leurs enfants Clémence, 15 ans, et Jules, 12 ans ;
Côté Saint-Macoux (86), le village compte 9 feux et 31 habitants :
  1. Marie MERINNE, journalière, 52 ans ;
  2. Adèle GUILLAUD, chef de ménage, cultivatrice, 50 ans, et ses enfants : Pierre, 23 ans, Adèle, 12 ans, et Marie, 10 ans ;
  3. Pierre SICAULT, chef de ménage, cultivateur, 54 ans, Marie FORGUES, sa femme, 41 ans, leur fille Hortense, 6 ans, et leur domestique Marie BARDEAU, 22 ans ;
  4. Alexandre BÉVIN, chef de ménage, cultivateur, 50 ans, sa femme Marie GUILLAUD, 49 ans, et leurs enfants : Alexandre, 17 ans et Madeleine, 11 ans ;
  5. Alexis PIARD, chef de ménage, journalier, 49 ans, sa femme Agathe GUILLAUD, 44 ans, leur fils Alexis, 26 ans, et leur bru Marie MICHELET, 20 ans, et leurs autres enfants : Clémentine, 16 ans, Hortense, 5 ans, et Baptiste, 11 ans ;
  6. Paul SICAULT, chef de ménage, cultivateur, 46 ans, Louis BARDEAU, 39 ans, et Louise PÉRAULT, 25 ans, ses domestiques, qui sont mari et femme, et leurs enfants : Eugénie, 7 ans, Marie, 5 ans, Isabelle, 4 ans et Louise, 1 an ;
  7. François BROTHIER, chef de ménage, garde-champêtre, 64 ans, et sa fille Marie, 31 ans ;
  8. Françoise JANNOT, chef de ménage, cultivatrice, 64 ans, et son fils Jean DROUHET, 23 ans ;
  9. Jean MIRONNEAU, chef de ménage, cultivateur, 63 ans, et sa femme Marie BRISSOLET, 54 ans ;
Champmagnan et l'incendie du 29 mars 1876 :

Le 29 mars 1876, dans la soirée, un incendie se déclare dans une grange appartenant à Pierre Lucien GUYOT, propriétaire et cultivateur à Champmagnan, côté Montalembert (79). Grâce à la hâte des secours, le feu s'éteint rapidement, et il s'avère, même s'il n'a pas occasionné d'importants dégâts, qu'il soit manifestement d'origine criminelle. Le lendemain matin, le maire de Montalembert passe faire un constat et même un état des lieux est fait.

L'incendie du 30 mars 1876 :

Ce 30 mars, entre dix heures et onze heures, le sieur DROUHET, de ce même village, côté Saint-Macoux (86), étant sorti un instant de chez lui, aperçoit que la toiture de sa grange, située à 10 m de sa maison, est en feu. Les voisins accourent à ses cris, et on se rend bientôt maître des flammes, qui ne causent qu'un préjudice mineur (à peu près 500 à 600 francs). Rien n'est assuré.

Parmi les volontaires venus aider DROUHET, se trouve Paul SICAULT, riche propriétaire, dont l'aisance est notoire, qui habite à l'autre extrémité du village. En retournant chez lui, il est prévenu par un domestique qu'un malfrat se cache dans l'enclos attenant à sa maison. Il aperçoit alors à la porte de sa maison, où il n'avait laissé que ses enfants en bas âge, un triste sire qu'il a rencontré dix ans auparavant : Pierre CHEVAUXLe voleur prend la fuite. SICAULT prend son fusil, appelle au secours et on ne tarde pas à s'empare du malfaiteur, au pied d'une haute haie qu'il ne peut franchir. C'est la fin de la course pour CHEVAUX, qui a espéré en vain gagner les bois voisins et se soustraire à ses poursuivants.

L'incendie de la veille, on le comprend vite, a été un leurre pour attirer SICAULT hors de chez lui. Il comptait profiter de la préoccupation générale pour s'introduire chez le riche propriétaire. Mais ce dernier, n'ayant pas eu vent de cet incendie, n'était pas sorti de chez lui. CHEVAUX avait donc eu recours à un second subterfuge, qui a failli réussir. Bien sûr, il nie complètement les faits qui lui sont reprochés. Le voleur est fouillé, et on trouve sur lui une tête de marteau en fer ainsi qu'une courroie en cuir, que le sieur DROUHET reconnaît être les siennes : il avait notamment laissé la courroie sur une charrette, dans sa grange, juste avant l'incendie.

Il est notoirement connu que CHEVAUX, habitant à Ruffec (16), est sous le coup d'une surveillance permanente. Aucune cause plausible n'est susceptible d'expliquer sa présence à Saint-Macoux (86). On reconnaît qu'il a quitté Ruffec le 26 mars et s'est réfugié dans un bâtiment inhabité, appartenant à sa famille, dans le village de Lapiteau, commune de Saint-Macoux. Il ne peut expliquer ce qu'il a fait entre le 26 et le 29, entendu que personne ne l'a aperçu. D'ailleurs, dira-t-on, depuis peu, il ne savait plus où il était et l'on pouvait le considérer comme dépourvu de ses facultés intellectuelles !

Pierre CHEVAUX est traduit devant la justice. Il passe en audience devant la Cour d'Assises de la Vienne, pour la seconde fois, le 24 mai 1876. Le nombre de témoins lors du procès est impressionnant, vu la faible gravité des actes, 18 témoins dont 8 habitants de Champmagnan et 3 gendarmes.

Aux questions posées...
Journal de la Vienne,
27 mai 1876
  1. Chevaux Pierre, accusé, est-il coupable d'avoir, le 29 mars 1876, sur le territoire de la commune de Montalembert (Deux-Sèvres), volontairement mis le feu à une grange appartenant au sieur Guot Pierre ?
  2. Chevaux Pierre, accusé, est-il coupable d'avoir, le 30 mars 1876, sur le territoire de la commune de Saint-Macoux (Vienne), volontairement mis le feu à un bâtiment appartenant au sieur Drouet ?
  3. Chevaux Pierre, accusé, est-il coupable d'avoir, le 30 mars 1876, sur le territoire de la commune de Saint-Macoux (Vienne), frauduleusement une courroie en cuir et une tête de marteau en fer au préjudice du sieur Drouet ?

... le jury répondra d'une manière écrasante : Oui à la majorité !


Devant les faits accomplis et son passé judiciaire loin d'être vierge, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Il interjette appel peu après. Par décision du 22 juin 1876, la Cour de Cassation, tenue au Palais Royal à Paris, rejette le pourvoi formé par CHEVAUX contre son arrêt du 24 mai.

La fin du voyage :

Écroué au dépôt le 20 juillet 1876, il est déporté au bagne de la Nouvelle-Calédonie, sous le numéro matricule 8788. Son arrivée, à l'autre bout du monde, est indiquée par un tampon en date du 27 décembre de la même année. Sans profession, l'homme sait lire et écrire.

Durant sa détention, il semble ne pas se faire distinguer et apprend le métier de tailleur d'habits.

A 45 ans, il arrive à la fin de son voyage : son dossier de bagne indique qu'il meurt le 10 mai 1878 à l'île de Nou, d'un cancer de l'estomac.



Sources :
  • Journaux d'époque ;
  • Archives départementales de la Vienne ;
  • Dossier de bagne de Pierre Chevaux, aimablement transmis par Évelyne ;