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samedi 5 janvier 2013

L'affaire du sac de laine (1866)

Pierre Chevaux se retrouve de nouveau confronté à la justice près de 10 ans après sa condamnation pour fausses monnaies, aux termes d'évènements pittoresques et rocambolesques.

AD en ligne, Saint-Macoux,
D - 1853-1862
Gracié le 15 août 1859 de sa condamnation pour fausses monnaies, Pierre Chevaux est soumis à une surveillance à vie. Il choisit de revenir s'installer, à Lapiteau, commune de Saint-Macoux, chez sa mère Jeanne Ollivet.

Cependant, celle-ci décède le 25 janvier 1860.

Pierre Chevaux est livré à lui-même.

Tout semble bien se passer, jusqu'au mois d'octobre 1865. Chevaux comparaît à nouveau devant la justice : il s'est rendu coupable de "rupture de ban" de sa surveillance en se rendant à Civray sans autorisation.
Suite à l'audience du 17 novembre suivant, devant le tribunal correctionnel de Civray, il est condamné à un mois d'emprisonnement et aux frais de justice d'un montant de 9 francs et 50 centimes.

Malheureusement pour lui, les évènements s'enchaînent. Le 10 novembre, il avait commis un vol de linge et autres objets mobiliers. S'étant introduit dans la maison des époux Guyot, au village de Champmagnan, commune de Montalembert, il a "frauduleusement soustrait" un pot de vin et une certaine quantité d'objets de lingerie. Reconnu coupable, faisant tout de même l'objet d'une procédure de liberté surveillée, la cour le condamne, par l'audience du 8 décembre, à deux ans de prison (plus 48 francs et 25 centimes).

Le 16 décembre, il interjette appel de ce jugement, et comme, d'une part, sa peine du 17 novembre est achevée et que, d'autre part, aucun mandat de dépôt n'a été délivré contre lui, Chevaux est mis en liberté jusqu'à décision de la Cour.

A peine sorti de prison, ce larron commet une escroquerie à Civray, au préjudice du sieur Bernard. Sous un faux nom et se prétendant rentier et créancier, il obtient, le 17 décembre, du sieur Bernard, aubergiste, le gîte et le couvert. En effet, l'homme prétend attendre quelques règlements que lui doivent M. Moreau, maire de Civray, et M. Malapert, avoué, qui sont ses débiteurs. L'aubergiste, même s'il ne le croit pas vraiment, lui offre le gîte et le couvert après que Chevaux lui ait avoué possédé plus de 900 francs de rente, ce qui lui permettait de vivre confortablement. Cette situation dure jusqu'au 24 décembre, jour où il quitte furtivement l'établissement du sieur Bernard, sans payer bien évidemment.

Activement recherché en vertu d'un mandat d'amener, il est arrêté le 5 janvier 1866 par la gendarmerie de Sauzé-Vaussais (79).

Cette arrestation apparaît burlesque :

Le maréchal des logis Joseph Gauthereau, et Claude Roy, gendarme à cheval, étant à leur caserne, reçoivent ce 5 janvier 1865 le sieur Vézinat, garde-champêtre de la commune de Montalembert (79). Celui-ci leur amène Pierre Chevaux, qui se trouve sous le coup du mandat d'amener établi par le juge d'instruction de Civray. Ce sinistre individu avait été signalé le matin même vers 7 heures à Vézinat, par les gendarmes Roullet et Pinaudeau, en tournée dans la commune.
Le sieur Vézinat est accompagné de Paul Sicault, 36 ans, propriétaire au village de Champmagnan, commune de Saint-Macoux (le village est partagé en deux, la limite du département traversant même le village). Figurez-vous que vers dix-heures, ce jour-là, Jean Sicault, frère de Paul, demeurant avec lui, était venu lui dire qu'en cherchant du foin dans leur grange, il avait remarqué qu'un individu était couché dans le tas de foin. Ils y sont allés pour s'en assurer, avec quelques gros bras supplémentaires (les sieurs Ragonnaud et Bariteau, scieurs de long). Effectivement, ils avaient trouvé ce Chevaux que voilà, avec un sac rempli de laine. Après avoir examiné cette laine, ainsi que le sac, Paul Sicault reconnu que l'une et l'autre lui appartenaient, et en montant dans son grenier où il range habituellement ma laine, il avait reconnu que c'était là qu'elle lui avait été soustraite. Chevaux, interpellé par ce dernier, et en présence de son frère, et des Ragonneau et Bariteau, a fini par avouer que la veille, dans l'après-midi, pendant que Paul Sicault était à Sauzé-Vaussais et que son frère se trouvait dans une maison de servitude qu'ils possédaient dans le village, il s'était muni d'une échelle, qu'il l'avait appliqué du dehors contre la fenêtre non fermée du grenier, par où il avait alors dérobé le sac de laine.
Comme Paul Sicault avait su depuis le matin même que Pierre Chevaux était recherché par les gendarmes, il était parti prévenir le garde-champêtre, qui avait procédé à l'arrestation.

Il comparaît le 6 janvier devant la cour correctionnel de Civray pour le vol du sac de laine, et le 12 janvier, devant la même cour, pour l'escroquerie commis sur le sieur Bernard. Chevaux est condamné respectivement à 8 ans (plus 5 francs et 25 centimes) et à un an de prison (plus 13 francs et 55 centimes).
Ces deux dernières peines sont confondues entre elles et il écope d'un total de 10 ans de prison.

Pierre Chevaux arrive à la prison de Fontevraud (49), le 31 janvier 1866. Il est présenté par le sieur Jamiot, comptable, porteur d'un ordre délivré par le ministère de l'intérieur en date du 20 janvier précédent. L'acte d'écrou précise la description de Chevaux lui-même : c'est un jeune homme alors âgé de 32 ans, 1 m 67, cheveux et sourcils châtains. Il porte une cicatrice sur la joue gauche et une brûlure sous le menton (côté droit).
Jamiot remet donc l'arrêt au gardien-chef de la maison centrale, qui donne une peine de... deux ans d'emprisonnement !

Oui, deux...

Simple erreur de lecture du jugement, ou simple méprise (Chevaux a eu 3 condamnations en moins d'un mois), la durée de son arrêt sera cependant rectifié, au détriment de Chevaux.
Il apprend, durant le mois de mai 1867, que la durée de son séjour à Fontevraud sera plus longue de 8 ans. Après avoir écrit au procureur de la chambre criminelle de Poitiers, le directeur de la prison reçoit une réponse le 12 juin, qui explique l'enchaînement des peines. J'imagine que Chevaux n'a pas dû être content. Sur le registre d'écrou, la longueur de la peine est rectifiée.


Il est libéré le 18 janvier 1876 et s'installe en résidence à Ruffec (16).

(à suivre)

Un petit clin d'oeil  à Guy en particulier, que je remercie pour la dernière partie.

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